La SCIENCE du MARATHON – ft C’est une autre histoire

Que se passe t-il lorsque l’on court un marathon ? Pourquoi est-ce si difficile ?

Une fois n’est pas coutume, j’aimerais vous parler du processus de création de ce genre de vidéo. Il se trouve que j’ai particulièrement mieux documenté le processus de création de cette vidéo que d’habitude car Franck voulait s’impliquer et que, aussi, je voulais avoir les retours de Franck et Manuel à toutes les étapes. Et dès qu’on travaille avec d’autres personnes, on ne peut plus garder les choses dans sa tête… il faut les écrire ! Ce qui me donne la possibilité de vous en parler.

Tout à commencé fin août chez Franck. Trois semaines avant le marathon de Montréal, alors qu’on faisait un repas tous ensemble, il lance « ça aurait été bien qu’on fasse une vidéo sur le marathon » et moi de rétorquer « ah ouais ça aurait été cool, mais il aurait fallu s’y prendre d’avance, 3 semaines, c’est trop juste pour moi »

Nous discutons de tout ce qu’on aurait pu faire. Et la question que je pose à toutes les personnes présentes est « est-ce qu’un coureur qui va lentement dépense plus d’énergie qu’un coureur qui va vite sur une même distance ? ». Personne ne savait répondre, moi y compris.

La question m’intrigue suffisamment. Aller, c’est parti, on fait cette vidéo malgré les délais « un peu » serrés (n’oublions pas que nous travaillons tous à temps plein, 3 semaines ne représente donc pas beaucoup de temps)

Sur ces entrefaits, Franck crée un document listant tout ce dont on pourrait parler dans la vidéo sur lequel je me base pour créer une liste de question pour une entrevue avec un expert.

Je contacte alors Benjamin Michaud que vous avez déjà vu dans la vidéo sur le kinésiologue et qui travaille en biomécanique. Il me conseille  de contacter un de ses collègues, Pr Jonathan Tremblay, expert de la question. Rapidement, il me répond et nous avons une longue entrevue skype une semaine avant le marathon que j’essaie de retranscrire ici (c’est de la prise de note donc les phrases ne sont pas cohérentes et c’est plein de fautes).

Le marathon de Montréal est annulé 3 jours avant le jour J. Pour le script, c’est en fait une bonne nouvelle parce que j’avais du mal à faire un résumé aussi rapidement. Je profite de ces semaines additionnelles pour à nouveau poser beaucoup de questions qui restent peu claires pour moi au professeur.

Le marathon auquel ils se sont inscrits en remplacement arrive vite et je n’ai pas eu le temps de clarifier tous les points que je voulais. Il va falloir tourner intelligemment. Je sais à ce moment-là que j’aurai forcément une vidéo avec des moments sur le parcours du marathon et des moments dans mon studio. Au début, j’espérais TOUT tourner pendant l’événement.  Comme je veux absolument avoir du contenu raconté sur place, je me prépare alors des notes des éléments dont j’aimerais parler.

Et c’est là que j’ai merdé si vous me permettez la vulgarité. Le document est quasi vide, je ne suis clairement pas assez préparée. Et, surtout, je n’ai prévu aucun plan en particulier. Je pars donc sans vision esthétique de la vidéo, sans me dire « il faut que je prenne tel shot puis tel shot ». J’ai quelques trucs dans la tête, mais peu. De la même façon, j’avais équipé Amanda d’une caméra pour qu’elle filme le départ et l’arrivée. Mais je ne lui avais nullement expliqué les shots que je souhaitais (parce que je ne les avais pas réfléchis). Et quand on donne une caméra à quelqu’un en disant « juste filme », c’est un peu vague comme instruction.

Pendant le tournage, j’avais prévu mon micro pour être sure d’avoir un bon son… ce qui est le plus important dans une vidéo. J’avais aussi ma grosse caméra (GH4) pour faire les meilleurs images possibles. Mais la pluie est rapidement arrivée. Adieu le micro, adieu la grosse caméra et bonjour la gopro. Il faudra se contenter du son de cette petite caméra et des images pas cadrées et lointaines que cette caméra fournie. Le peu de shots que j’avais prévu uniquement dans ma tête, je les ai oubliés à cause de la pluie et du froid. Filmer prend une réelle volonté. C’est difficile de se forcer à prendre des images quand on se dit que ce qu’on a déjà pourrait être « good enough ».

Et bien sur ça n’a pas loupé, quand j’ai ouvert mes images, j’ai pesté contre moi-même de ne pas avoir assez filmé. Mais il allait falloir vivre avec. J’ai donc tout regardé et j’ai sélectionné tout ce qui était exploitable. À partir de ça, je suis partie en recherche bibliographique. Tous les points que Franck avait listé et tout ce que j’avais appris avec le professeur, je suis allée me chercher des sources et j’en ai fait un résumé. Avec ce que j’avais sélectionné comme image et ce que j’ai trouvé en recherche de littérature, j’ai crée une première version de script que j’ai partagé à Franck et Manuel (je dis ça en une phrase mais la sélection des images, tout remettre en ordre pour que ça supporte la biblio, c’est du gros travail chronophage). À partir de leurs retours j’ai crée une première version de vidéo dans laquelle, tout ce que j’ai prévu de tourner dans mon studio est raconté en voix off. Cette voix off sera changée, je l’ai juste enregistrée rapidement pour voir si cela fonctionne au montage. Si les transitions se font bien, si la musique est adaptée etc… ainsi, j’ai pu LARGEMENT changer le texte et l’améliorer, dont voici le script final. Cela encore un peu bougé au montage. J’ai coupé pour que l’on ne s’ennuie pas.

Jeudi matin avant la publication, j’ai tourné tous les passages qui devaient être en studio. J’ai monté le tout le soir pour que tout soit calé niveau son. Aucun effet, aucun traitement d’image n’est encore présent à ce moment là. Je travaillais dans l’urgence d’envoyer une version où le son était parfaitement calé pour que Aurélien, l’ingénieur du son qui travaille avec moi, puisse faire sa magie (ajuster les niveaux sonores et améliorer le son en extérieur… mais quand l’enregistrement est pourri, il n’y a pas de miracles non plus). J’ai ensuite ajouté tous mes effets, puis écrit la description, fait la miniature, les sous titres français et anglais (avec un GROS coup de main de Manuel) et pouf c’est en ligne.

Et c’est cette version que vous avez vue.

Bibliographie :
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https://www.loyolamedicine.org/news/athletes-should-drink-only-when-thirsty-according-new-guidelines-06302015
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyponatr%C3%A9mie
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https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23070826
http://www.vo2max.com.fr/physio_coutenerg.html
https://www.unm.edu/~lkravitz/Article%20folder/caloricexp.html

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2 Responses

  1. Mealin dit :

    Franchement, même si on se doute que ça a été galère, la vidéo n’en pâtit pas à mes yeux pour 3 raisons : le côté « rush » va tout à fait avec l’ambiance « effort/galère » du marathon et le propos est tout simplement suffisamment intéressant, que l’on peut apprécier puisque le son est correcte (merci l’ingé-son si je comprends bien) !

    Encore un très grand merci et bravo pour toutes ces découvertes 🙂 et le boulot à la fois appliqué et passionné pour nous permettre de les comprendre.

  1. 20 décembre 2017

    […] La SCIENCE du MARATHON – ft C’est une autre histoire […]

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