La différence entre YouTube et la télévision

Hier, Léo (dirtybiology) a posté un sondage sur Twitter pour demander quelle était la différence entre la TV et YT.

twitter-leo

Depuis que je produis moi-même des vidéos pour youtube, c’est une question que je me suis posée à plusieurs reprises, sur laquelle Léo et moi avons débattu (je vous conseille d’ailleurs de lire sa réflexion ici) et 140 caractères ne me suffiront pas pour faire état de mon point de vue.

Je vous invite à réagir en commentaire, mon avis n’est pas ferme et est en constante amélioration.

La diversité des vidéos que l’on peut trouver sur YouTube est telle qu’il faudra que vous m’excusiez de certaines généralisations sans quoi aucune tentative de comparaison ne serait possible.

Tiens d’ailleurs, faisons en notre premier point.

La quantité de choix

Quand a la TV vous avez le choix entre disons 10 chaînes de TV principales et peut être une centaine au total que personne ne regarde vraiment de toute façon, sur YT vous vous retrouvez avec un choix plus grand que votre temps ne le permet. Des millions de chaînes et de vidéos. Il n’y a donc, dans les faits, pas de limite de choix. La difficulté vient alors dans notre capacité à trouver le contenu qui nous intéresse. Et la puissance de YT est ici. Son algorithme apprend à connaître nos intérêts et peut ajuster ses propositions pour que nous tombions pile sur le type de contenu que nous cherchons.

Ben tiens. Faisons-en notre deuxième point

YouTube connaît son audience.

A la TV, les résultats d’audience tombent le lendemain grâce un appareil installé auprès de 5000 foyers représentatifs de la population qui enregistre ce qu’ils regardent. Cette mesure ne permet pas d’avoir beaucoup d’informations contrairement à YT qui permet des likes, des commentaires, des partages, qui mesurent aussi combien de temps on passe sur chaque vidéo, chaque chaîne, à qui on s’abonne…

YT dispose alors de beaucoup plus d’informations pour s’ajuster auprès de son audience. Il est adapté à vous quand la TV est adaptée à la masse. Et il faut plaire à la masse pour que l’émission persiste. Le succès est nécessaire.

Aaaah le succès. Faisons-en notre 3ième point tiens.

La dépendance d’une émission au succès.

En général, le couperet tombe assez vite à la TV. Si une émission ne fonctionne pas, elle est coupée et on la remplace bien vite.

Au contraire sur YT, si nos émissions n’ont pas de succès et ne plaisent qu’à 3 pelés et 1 tondu, la seule chose qui nous retient d’arrêter, c’est nous-même… et éventuellement le budget.

Le budget. Justement.

Le budget

Sur YT, pour ceux qui démarrent, il n’y a que peu de frais. Un simple téléphone, pas besoin d’équipe technique, pas d’impôt (forcément, on gagne rien), pas de syndicats, pas de rien. Au fur et à mesure que la chaîne grossit, le budget doit également grossir. Souvent parce qu’on se rend compte que c’est bien mignon de faire ça sur son téléphone mais que le rendu est quand même vraiment mochissime et qu’on pourrait faire mieux. Alors on investit dans du matériel. Et puis on se rend compte qu’en fait, quelqu’un qui est là pour cadrer et pour enregistrer le son pendant le tournage, ça serait uber pratique… tsé, la fois où tu as fait tout ton tournage et tu avais pas lancé le son ? Et puis on se rend compte qu’en fait, faire les illustrations, le son, le montage, la publication… c’est des métiers, alors on se met à embaucher des gens… (je dis “on” mais je ne suis pas concernée). Finalement. De fil en aiguille, le budget monte pour finalement atteindre quelque chose de très similaire à la TV. Les équipes sont moins grandes mais cela reste kif kif bourricot au niveau du fonctionnement.

Là où il va y avoir une différence cela va être sur les sources du financement (on va y revenir) mais aussi sur la possibilité que les “petits” youtubeurs, ceux qui n’ont pas encore une équipe de production avec eux derrière, puissent exister.

Exister sans budget

Elle est là la plus grande force de YouTube et une des plus grande différence avec la TV. La possibilité d’exister, de faire passer un message, de publier des vidéos sans aucun -ou presque- apport financier. Impossible à la télévision.

Cela permet à absolument tout le monde (moi y compris) de s’exercer, d’apprendre, de développer un concept, d’expérimenter jusqu’à ce que le fond et la forme soient suffisamment bons et attrayants pour que la chaîne grandisse. YT est alors un média ouvert à tous les “créateurs” quand la TV est un média d’élites réservé à quelques rares élus peu renouvelés (depuis quand Drucker est à la TV déjà ?).

C’est à la fois une grande force mais aussi la meilleure façon de prendre les gens pour des jambons. Après tout, YouTube se fait aussi son gagne pain sur tous ces “petits” youtubeurs qui passent leur vie à produire des vidéos sans pouvoir en vivre. C’est sans doute aussi pour cette raison que YT est dénigré par les médias traditionnels. Tant que l’on n’est pas payé, on n’est pas considéré comme réalisant un “vrai” travail. YouTube est le média des bonnes poires quand la TV est considérée comme le média des “vraies grandes personnes”. Bien sur, cela n’est plus du tout valable dès lors que les youtubeurs atteignent un certain nombre de vues (et donc un certain salaire)… et dans ce cas là, la TV et YT redeviennent tout à fait comparables.

Justement les salaires, pour pouvoir en obtenir un, il faut une source de financement quelque part…

Les sources de financement

Tout d’abord, il y a le salaire versé par YouTube. Les salaires des youtubeurs/vidéastes (prenez le mot que vous préférez) comme moi sont ridicules. En 3 ans et 2 mois, 53 vidéos, j’ai gagné 771.43 $CAD (534 Euros). Soit 14.6 $CAD (10 euros) par vidéos. UNE BLAGUE !!! Sachant que je travaille entre 40 et 100h par vidéo.

Avant que les salaires de YouTube soient suffisants pour en vivre il faut avoir énormément de vues. C’est donc pour cela que vous voyez fleurir tous les Tipeee, les sites de financement participatif basés sur le VOLONTARIAT ou les sponsorings dans les vidéos.

De mon côté, j’ai lancé mon Tipeee il y a un an et j’ai récolté, grâce à vous, environ 2 500 euros au total en un an. De quoi renouveler mon matériel, mais en aucun cas me verser un salaire.

Et là clairement, on ne joue pas dans la même cour que la TV qui elle reçoit des financements de l’état (donc de vous), des subventions, et des publicités.

L’argent, qu’on le veuille ou non, c’est le nerf de la guerre. Pour moi, YouTube, c’est comme de la TV mais sans le budget. Et dès qu’il y a du budget, YT ou TV, c’est du pareil au même… (est-ce que je viens vraiment de mettre ma conclusion au milieu de l’article ???)

Si j’avais un financement, mes vidéos ne ressembleraient pas à ça, du moins dans la forme. Dans le fond, cela resterait sans doute la même chose. Parce que sur YouTube, on a la liberté de choisir sa ligne éditoriale.

Tiens, d’ailleurs, faisons-en notre point suivant (j’ai perdu le compte)

La liberté de ligne éditoriale

À la TV, la ligne éditoriale est définie par le boss de l’émission, le rédacteur en chef, les actionnaires… bref par un big boss ou un comité de big boss. Et il est impossible d’en sortir. De plus en plus, on voit fleurir des émissions aux lignes éditoriales claires et dont les animateurs sont les porteurs (je pense essentiellement aux late show américains).

Sur YouTube, le seul boss de la ligne éditoriale est celui qui a décidé d’ouvrir sa chaîne.

Donc dans les deux cas, il y a une ligne éditoriale. C’est juste que dans un cas, c’est un boss, dans l’autre, c’est soi.

Personnellement… en tant que spectateur, cela ne fait pas de différence.

La problématique vient plutôt du fait que tout le monde peut ouvrir sa chaîne et diffuser son propos. Même si c’est un tissu de conneries. Elle est peut-être plus là la différence. La TV filtre. Elle ne donne pas la parole à n’importe qui (ahem…. disons qu’elle donne MOINS la parole à n’importe qui…).

Et quand n’importe qui peut prendre la parole avec un medium où on a l’habitude de laisser notre cerveau se porter plutôt que de remettre en question les propos avancés, cela peut influencer les spectateurs vers un développement exacerbé du racisme, sexisme, des fausses croyances, et toutes les plaies du monde que l’année 2016 nous a condensé dans un spécial best of.

L’inertie et la créativité

On l’a évoqué, sur un plateau TV, il y a toute une équipe où chacun a son rôle, sa place et est une partie du maillon de la chaîne.

Je travaille pour une émission TV au Québec (“Génial!“) pour laquelle j’ai une grande admiration envers la qualité du contenu scientifique qu’ils proposent. Mais, travaillant en tant que petite main avec eux depuis 3 ans, cela m’a donné une vision de l’inertie qu’il peut y avoir. Récemment, le réalisateur a changé. Et le réal, sur le plateau, c’est un peu lui le boss du look, comment les choses vont apparaître à l’écran. Mais il n’a pas beaucoup de latitude. Au tout premier tournage, il nous a demandé de rentrer sur le plateau à un autre moment, de présenter une expérience différemment… bref, des changements hyper mineurs, rien dont le spectateur ne se rendrait compte de façon flagrante. Mais quand tu fais un changement, c’est 30 personnes sur le plateau qui font ca depuis 5 ans, avec leurs réflexes qui doivent s’ajuster. Moi y compris. C’est plus dur qu’il n’y paraît. L’inertie de groupe ralentit le processus et inhibe l’innovation. Cela dit, une fois sur le plateau, ce n’est pas le moment d’innover de façon majeure car les boss, c’est Télé Quebec, c’est eux qui doivent approuver les changements. Ils relisent tous les textes et imposent des modifications. Je ne sais donc pas à quoi cela ressemblerait s’ils n’étaient pas là mais il est certain qu’en diluant les pouvoirs et multipliant les acteurs on arrive à un certain consensus qui restreint la créativité et l’innovation. 

(puis là je généralise, j’adore “Génial!” c’est une émission qui relève le niveau et la TV québécoise est à bien des égards de meilleure qualité que la TV française – pour ce que j’en vois- donc pas taper sur “Génial!”, c’est le haut du panier)

Sur YouTube, il n’y a pas de répartitions de pouvoirs. L’auteur instaure sa propre monarchie dans laquelle il est le décideur et l’exécuteur. On pourrait croire alors que sa créativité est exacerbée, qu’il peut se permettre d’innover. Et je pense que c’est vrai. Jusqu’à un certain point. Dès que l’auteur commence a avoir une certaine audience, combien de fois avez-vous vu le présentateur essayer de désamorcer une situation qui n’existe pas encore ? “alors je dis ça mais n’allez pas me dire que blablabla en commentaire”. Demandez à tous les youtubeurs qui ont rapidement grossi en terme d’abonnés, tous vous diront que leur temps d’écriture s’est allongé. Le public est devenu un actionnaire du contenu et son avis doit être pris en compte. Oui le créateur a plus de liberté sur youtube, est moins soumis à l’inertie de groupe mais il n’est pas 100% libre.

Et c’est sans transition que nous passons au point suivant.

La personnalité du présentateur et sa proximité

Je suis d’avis que la personnalité du présentateur (ou du moins l’image de sa personnalité qui est donnée à l’écran) a autant d’importance en TV que sur YT. Dans les deux cas, il faut quelqu’un de charismatique et de sympathique. On ne cherche pas forcément les mêmes caractéristiques chez un présentateur TV ou YT, mais son importance y est, selon moi, la même. Là où cela diffère c’est la façon dont le public peut interagir avec le présentateur. Sur YT, un simple commentaire et pouf, vous êtes en contact avec le créateur. Cela permet d’avoir une interaction directe qui renseigne le créateur sur son contenu et l’aide à s’améliorer ou le booste dans sa création ou à créer de nouvelles vidéos. À toute médaille, son revers, les commentaires peuvent s’avérer blessants et heurter le créateur. Ceux qui produisent le contenu d’une émission TV ne sont, eux, que très peu en contact avec le public.

La qualité du contenu

Alors là c’est très simple. Il y a des émissions de très grande qualité autant sur YT qu’à la TV et autant dans les tréfonds de l’humanité sur les deux médias également. Et je ne mettrai pas d’exemple.

La TV s’attachera à ce que son contenu (pourri ou de grande qualité) soit homogène d’une fois à l’autre. Alors que sur YT, le vidéaste a la liberté de changer du tout au tout d’une vidéo à l’autre. Enfin. Ça c’est en théorie. Les plus gros youtubeurs se sentent parfois enfermés dans leur format. Le changement est souvent mal reçu par le public. On retombe dans la même problématique de perte de liberté dès que le succès est présent. 

Faire comme à la TV

Pour avoir reçu des formations de la part de YT, les conseils qui sont donnés sont plus ou moins de “faire comme à la TV” :

Ce sont les deux conseils que tout le monde donne. Pour fidéliser une audience, il faut lui fournir un contenu à une fréquence régulière. Et idéalement, un contenu qui ne change pas trop d’une fois à l’autre pour ne pas choquer nos petits cerveaux fragiles de spectateurs.

Réussir sur YouTube, c’est faire comme la TV.

Ô surprise.

Vous l’aurez peut être compris. Je considère YT et la TV comme des média similaires. La différence venant, pour moi, de la quantité d’argent qui y est injecté.

Avec l’avantage pour YT d’avoir la possibilité de s’entraîner, d’expérimenter et de voir des petits chats trop mignons, chose impossible en TV.

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9 Responses

  1. L3 G33K says:

    Y’a plus qu’à y ajouter la possibilité d’accéder au contenu quand on veut et autant de fois que l’on veut plutôt qu’à heure fixe, unique et prédéfinie.

    Ainsi que la possibilité d’interagir avec l’émission autrement que par des SMS surtaxés pour tirages au sort sur fond de questions débiles.
    Par exemple, réitérer un test de chauffage d’eau au micro-ondes afin de comparer les résultats du vidéaste avec son propre équipement – exemple totalement choisi au hasard ^^ – est nettement plus amusant que de répondre 1 ou 2 par SMS au jeu TV “Lequel de ces animaux peut voler? 1: l’aigle, 2: l’âne”.

    • vivianelalande says:

      Ahaha ! Tu as tout à fait raison 😉

      J’avais pensé à lister la possibilité d’accéder au contenu anytime, mais la TV développe de plus en plus les replay et les fournisseurs internet permettent l’enregistrement vraiment aisé des émissions. Mais il n’en reste pas moins qu’il faut une action et que ça se périme dans le temps. Donc oui c’est différent à ce niveau là.

  2. David says:

    Peut etre que la demarche, le travail, se ressemblent beaucoup sur yt et tele et finiront par converger mais:

    Pour moi il y a une grosse difference, c’est la vue a la demande. Au moment où la vidéo est dispo, je suis oqp, je mets la vidéo dans ma liste de voir plus tard et zou, je ne perds pas de contenu

    Et puis, quand je regarde mes chaines souscrites… Sur la TV, la divulgation, dépenser, dirtybiology, scishow, scishowspace, vsauce, veritasium, thephysicsgirl… Sur TV il n’ y a pas (moi en Espagne, et sur le PAF non plus)
    La divulgation historique
    Ou encore, les chaînes spécialisée jeux vidéo, en anglais l’intéressante gametheorists qui parfois touche à la science, en espagnol meristation pour avoir toutes les infos sur mon hobby préféré

    En bref, des contenus différents sont présents, et même des contenus un peu plus de “niche” peuvent avoir leur place.

    • vivianelalande says:

      Là tu as entièrement raison, je n’y avais pas pensé. La disponibilité d’accès aux vidéos sans frontières.
      Pour les marchés de niche, c’est vrai qu’ils peuvent exister alors que la TV ne peut pas se permettre de réserver un créneau horaire juste pour une petite audience.

      Hum… ça fait réfléchir

  3. claudex says:

    >On retombe dans la même problématique de perte de liberté dès que le succès est présent.

    Ce n’est pas spécifique à la vidéo mais répandu avec n’importe quelle création. À partir du moment où on diffuse un contenu (image, texte, vidéo, musique…), c’est pour que les gens puissent l’apprécier, on aura donc tendance à suivre l’avis des gens pour que les autres contenus soient aussi apprécié.

    >Sur YouTube, le seul boss de la ligne éditoriale est celui qui a décidé d’ouvrir sa chaîne.

    À condition de ne pas vouloir trop d’argent, les publicitaires n’ont pas forcément envie que leurs pubs soient n’importe où.

    • vivianelalande says:

      Je suis d’accord avec toi pour le premier point.
      Pour le second, je suis moins d’accord (même si c’est un sujet d’actualité sur youtube). Disons que les publicitaires vont peut être se focaliser sur un type de contenu plutôt qu’un autre pour certains vidéastes.

  4. Il y a des différences légères sur la création, mais la monétisation reste la même. Et c’est là le problème. On peut dire ce qu’on veut, mais Youtube est déjà de la télévision. Certes, tout le monde peut créer, mais tout le monde ne sera jamais visible. Comme dans tous les secteurs, Youtube tombe dans le piège pyramidal. Les créateurs qui ont déjà une grosse communauté ne peuvent que grandir tandis que les autres, ils ramassent les miettes avec une fourchette édentée. Tipee ou Patreon sont des propositions alternatives, mais elles sont largement bancales. Les commissions sont élevés et il y a une tendance à considérer le créateur comme un objet qu’on achèterait en petits morceaux dans les contre-parties.

    La télévision a échoué, car elle propose uniquement du contenu formaté, mais Youtube le fait aussi. On peut arguer de la liberté de choix, mais c’est une chimère. Cette liberté de choix est obligé de tenir compte de la cadence qui est amorcée par la tendance principale. Des contenus de merde, de quelques minutes dont la majorité se contente d’inciter leur communautés à promouvoir leur contenu. Il suffit de voir les changements d’algorithme qui incite les créateurs à changer immédiatement de format. Youtube est juste une télévision 2.0.

  5. David says:

    Ça y est!!!!
    YouTube=télé 2.0 est en bonne voie, en France tout du moins

    https://www.youtube.com/shared?ci=CAgqpRKOt9g

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