Photoshoot d’une ronde : Pluton

Et on dit qu’il faut avoir la taille mannequin pour être une star et se faire prendre en photo ? Erreur ! La NASA a dépensé $650 millions pour envoyer une sonde prendre des photos de la planète la plus éloignée du système solaire. Photos prévues pour juillet 2015 !

On s’attend à une sacré couverture dans Elle (ou plutôt dans Ciel & Espace) pour le mois de juillet !

Mais Pluton n’est plus celle qu’elle était. Alors même que la mission était enclenchée depuis plusieurs années, elle s’est vu destituée de son statut de princesse du système solaire et est passée de planète à planète naine (i.e : statut étrange d’un caillou trop petit pour être une planète et pas assez soigneux pour avoir fait « place nette » autour d’elle). La NASA dépense donc des millions pour aller photographier une ex-planète.

Plus assez en vogue pour Elle mais sans doute assez pour Gala (mais toujours Ciel & Espace par contre).

Pour son photoshoot, la sonde devrait passer à 12 472km de Pluton. Sachant que la distance entre la Terre est Pluton est de 5 milliards de km (j’ai fait un arrondi, vous m’excusez ?) c’est comme si vous preniez une photo d’un grain de sable fin à 1mm de distance plutôt qu’à 400m. Bref, on s’attend à avoir de plus beaux clichés.

Amateurs de photo que vous êtes, vous allez me dire que ça va prendre un sacré flash pour photographier notre princesse déchue au fin fond du système solaire.
En faisant abstraction du fait que les appareils de photographie avancés comme ceux-là peuvent détecter d’autres rayonnements que le visible, il faut aussi noter que Pluton n’est pas aussi sombre qu’on l’imagine.

Pour s’en convaincre, il suffit d’aller ici : http://solarsystem.nasa.gov/plutotime/ vous saurez alors l’heure de la journée sur Terre qui correspond à la luminosité qui se trouve sur Pluton. Chez moi, ça donne ça :

luminosité

Pas si sombre pour une princesse en dépression ! Le flash est donc inutile autant qu’il est irréalisable. Et si vous n’êtes pas convaincus, regardez plutôt une des photo que nous possédons déjà de Pluton :

Original

Figure représentant la combinaison de photos prises de Pluton avant traitement d’image.

Un vrai bordel. Impossible de distinguer quoique ce soit dans cette soupe de lumière. Précisons qu’il s’agit d’une combinaison de 48 images exposées chacunes pendant 10 secondes. Autant vous dire que non seulement Pluton se trouve bien sur cette photo mais toutes les étoiles plus éloignées aussi ! Après un traitement d’image que l’on devine complexe, les photographes de la Nasa obtiennent ces images :

Processed

 Figure représentant la position des satellites après traitement d’image. C : Charon, S : Styx, N : nix, K : Kerberos, H : Hydra

Mais ? Mais ? Mais ? Pour être honnête, je m’attendais à voir un malheureux pixel gris ou blanc dans une immensité noire. Mais non, c’est au moins 6 pixels blancs, différents les uns des autres que l’on voit… Heureusement que la NASA les identifie pour nous, cela nécessite sans doute un œil entraîné pour les repérer. La plus grosse, étrangement non indiquée, c’est Pluton. Juste à côté, c’est sa copine de toujours Charon. Elles sont tellement inséparables (oui, dans ma tête, ce sont des filles) qu’elles tournent ensemble autour de leur centre de masse commun (le barycentre pour nos amis bacheliers).

Alors que les deux similis planètes dansent infiniment, autour d’elles se trouvent 4 autres satellites qui orbitent autour d’elles. Ce sont Styx, Nix, Kerberos et Hydra. Et si vous apprenez pour la première fois l’existence de ces 4 satellites, rassurez-vous, vous n’êtes pas tant en retard que ça puisqu’elles ont été découvertes en 2012, 2005, 2011 et 2005 (respectivement).

Et un des éléments les plus fascinants des quatre satellites est qu’ils sont proches les uns des autres, très proches, très très proches. Au point où on considère que plus rien ne pourrait se trouver entre les orbites de ces satellites sans se crasher sur l’un d’eux à cause de leurs attractions gravitationnelles respectives.

distances

Distance relative entre les satellites et Pluton-Charon. Les points noirs indiquent les positions relatives des satellites, les cercles en pointillés indiquent la sphère d’influence gravitationnelle de chacun des satellites. Note : la distance entre Pluton et Charon n’est pas à la même échelle que celle des satellites. Schéma reproduit de Kenyon, « Pluto leads the way in planet formation”, Nature, juin 2015, p40-41

 

Bon. Ça, ça intrigue. Comment ces minis satellites ont-ils pu se débrouiller pour avoir des orbites aussi proches ? C’est un peu la grande question sur la vie, l’univers et le reste.

Alors à défaut de se contenter de la réponse 42, la sonde New Horizon est partie, il y a 9 ans en quêtes de réponses (à de nombreuses autres questions non abordées ici). Le photoshoot de la princesse déchue dans son plus simple appareil aura lieu le 14 juillet prouvant alors qu’à défaut d’être une planète, Pluton sera une vraie star.

 

Sources :

Nasa : http://www.nasa.gov/feature/so-far-all-clear-new-horizons-team-completes-first-search-for-pluto-system-hazards

http://solarsystem.nasa.gov/plutotime/plutotime_sidebar.cfm

https://en.wikipedia.org/?title=New_Horizons

Kenyon, « Pluto leads the way in planet formation”, Nature, juin 2015, p40-41

Showalter & Hamilton, « Resonant interactions and chaotic rotation of Pluto’s small moons”, Nature, juin 2015, vol 522, p45-49

Image thumbnail : “Encounter 01 lg” by Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute – http://pluto.jhuapl.edu/gallery/artistConcepts/artistConcepts_01.html. Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Encounter_01_lg.jpg#/media/File:Encounter_01_lg.jpg

 

You may also like...

Leave a Reply