Greffe de moelle et leucémie: une course contre la montre

Il ne reste que quelques semaines à une patiente montréalaise pour trouver une greffe de moelle osseuse capable de la sauver de la leucémie. Mais pourquoi est-ce si difficile?

Tout le monde a déjà vu une clinique de don de sang. Peut-être même avez-vous déjà donné du sang ou, pour les plus généreux d’entre vous, signé votre carte de donneur d’organes. Mais avez-vous déjà entendu parler du don de cellules souches?

Au cours des dernières semaines, le don de cellules souches a suscité un regain d’intérêt au Québec, principalement à cause du cas de Mai Duong. Cette femme de 34 ans, qui combat la leucémie depuis plusieurs années, a récemment reçu un diagnostic de rechute. Comme la plupart des patients dans son cas, sa seule chance de guérison se trouve désormais dans la greffe de cellules souches hématopoïétiques. Malheureusement pour elle, l’attente pourrait être longue… et le temps manque!

Bien que ce type de don soit pris en charge par Héma-Québec et puisse être réalisé de façon similaire à un don de sang, leurs ressemblances s’arrêtent là. En effet, les critères de sélection pour recevoir un don de cellules souches sont beaucoup plus proches de ceux d’un don d’organe. Et c’est ce qui rend le cas de Mai Duong différent des autres.

Non seulement les dons de cellules souches sont beaucoup moins courants (si on vous demandait qui parmi vous a donné du sang et qui a donné des cellules souches, quel serait le ratio?), mais l’origine ethnique de la malade rend toute greffe compatible encore plus difficile à obtenir au Canada. Ainsi, cette histoire met en lumière un des plus gros problèmes médicaux auxquels font face les médecins hématologistes : trouver un donneur compatible.

Mais pourquoi est-il si difficile d’obtenir un don valide et pourquoi est-ce la dernière chance de traitement pour les patients leucémiques?

Traiter la leucémie : un mal pour un bien

La maladie de Mai Duong est une leucémie aigüe, c’est-à-dire un cancer du sang. Si on regardait son sang au microscope, on pourrait voir (après quelques années d’études en hématologie) que ses cellules sanguines et immunitaires normales ont été remplacées par des cellules nommées blastes. Ces blastes sont des cellules immunitaires très jeunes, non fonctionnelles et qui prolifèrent activement. Le sang de patients leucémiques se remplit alors de ces cellules immatures, ne servant à rien, au détriment des populations utiles comme les cellules immunitaires ou les globules rouges. Tout cela entraîne une panoplie d’effets néfastes qui affaiblissent de plus en plus le malade.

Lorsqu’on est atteint d’une leucémie, la première stratégie de traitement est la chimiothérapie. Ce cocktail d’agents chimiques est un poison cellulaire, mais il n’affecte principalement que les cellules se divisant rapidement. Il détruit donc les cellules cancéreuses, les blastes, mais aussi d’autres cellules à prolifération rapide. C’est d’ailleurs pour cela que les patients sous chimiothérapie perdent habituellement leurs cheveux, font de l’anémie ou ont des problèmes digestifs. C’est un mal pour un bien. Malheureusement, ce n’est pas toujours suffisant. Les cellules cancéreuses luttent elles aussi pour survivre et, si certaines parviennent à résister au traitement, elles reprendront le dessus. Il existe plusieurs mécanismes de résistance, comme la capacité de réparer les dommages de la chimio ou l’apparition de pompes pouvant expulser les agents chimiques à l’extérieur des cellules. Si trop de ces contremesures sont mises en place, la leucémie va se remettre à progresser et le patient fera une rechute. À ce moment, il ne restera qu’une seule solution pour les médecins traitants : la greffe de moelle osseuse.

Un greffe, mais à quel prix?

Faire une greffe de moelle osseuse, c’est en fait greffer les cellules souches qui s’y trouvent : les cellules souches hématopoïétiques. Celles-ci ont la particularité d’être la source de tout ce qui compose notre sang : les globules rouges, les plaquettes et, plus important encore, tous les types de cellules du système immunitaire. Et c’est là le point central de ce traitement : cette greffe donne un « nouveau » système immunitaire au patient. Ces nouvelles cellules seront en mesure de reconnaître beaucoup plus facilement les cellules leucémiques du malade, car elles pourront repérer les éléments spécifiques aux cellules tumorales que l’ancien système immunitaire n’avait pas reconnues. Le nouveau système va alors pouvoir préparer une attaque contre les cellules leucémiques et les éliminer.

Malheureusement, là est aussi le talon d’Achille de ce traitement. Chaque cellule du corps a des molécules à sa surface lui servant de papiers d’identité : le CMH (complexe majeur d’histocompatibilité). Lorsqu’une cellule immunitaire passe proche d’une cellule qui n’a pas les bons papiers ou n’en a pas du tout, cette dernière est immédiatement éliminée. La complexité du code génétique humain permet une grande variabilité de CMH, avec des ressemblances plus grandes entre les individus d’une même famille ou ethnie (caucasiens, afro-américains ou asiatiques par exemple). La ressemblance serait d’ailleurs parfaite chez de vrais jumeaux ! Mais si les cellules souches greffées sont trop différentes de ce que l’on retrouvait avant chez le patient, elles vont alors reconnaître le corps entier comme un organisme étranger et se mettre à en attaquer tous les organes. On appelle cet événement la maladie du greffon contre l’hôte. Et dans le cas de Mai Duong, c’est justement parce qu’on n’a pas de cellules respectant les bons « papiers d’identité » que l’on ne peut pas procéder à un greffe : le traitement deviendrait plus dangereux que la maladie initiale.

Il n’y a malheureusement pas de solution pour le moment, car il n’existe pas de greffon compatible avec elle dans les banques de cellules d’Héma-Québec. Demander l’aide internationale n’a pour l’instant rien donné; seulement 1% des banques mondiales de cellules souches sont d’origine asiatique! Bien que beaucoup d’efforts se fassent dans les laboratoires pour pouvoir recréer artificiellement les fameuses cellules souches hématopoïétiques, aucun traitement expérimental n’est prêt à être utilisé en clinique. Il ne reste donc qu’à tester un maximum de personnes possible pour trouver à temps un individu compatible, mais fort heureusement le public répond à l’appel jusqu’à maintenant!

Site officiel: http://sosmai.com/fr/

Renaud Manuguerra

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