Des risques d’hospitalisations évités par physiothérapie d’urgence

Arrêter de bouger pendant plus de trois jours peut causer des séquelles irréparables! Comment éviter cela lorsqu’on est cloué sur un lit d’hôpital? La physiothérapie aux soins intensifs est peut-être la solution!

Et si le meilleur moyen de remettre sur pied un patient après un séjour prolongé à l’hôpital était, justement, de le remettre rapidement sur ses pieds? Plusieurs études confirment que la durée d’un séjour aux soins intensifs est due non seulement aux problèmes à traiter, mais aussi aux complications liées à l’immobilité du patient. Après plus de 72h allongé, le corps perd de ses capacités. Il ne s’agit pas d’une faiblesse temporaire mais d’un changement biologique profond : les muscles, les nerfs et même la masse osseuse sont affectés. Plus longtemps on reste allongé, plus il sera difficile de reprendre nos activités normales après l’hospitalisation. À quel rythme se dégrade notre corps ? Il n’y a pas de certitude, mais le consensus est qu’il faut jusqu’à un mois de réadaptation pour chaque semaine passée sans mouvements. Et on ne parle pas ici d’une complication rare touchant les personnes ayant déjà plusieurs problèmes médicaux avant une opération: une personne sur deux, sous respirateur artificiel, sera touchée! Et plus il y a de complications, plus ce chiffre augmente! Mais pourquoi notre corps est-il aussi autodestructeur?

Si on ne s’en sert pas…
Il existe trois variantes à ce problème. La première est la myopathie. En médecine, le mot « myo » se rapporte à tout ce qui est musculaire. Lors d’un alitement de longue durée, il est facile d’imaginer que les muscles des membres vont perdre de leur efficacité. Il est par contre beaucoup plus surprenant d’apprendre qu’il en va de même pour ceux régulant des fonctions vitales comme le cœur ou les muscles autour des poumons. Cela est dû à un mécanisme cellulaire nommé catabolisme. En temps normal, le catabolisme est la dégradation de molécules diverses visant à générer de l’énergie utile au fonctionnement de nos cellules. Toutefois lors d’une immobilité prolongée, ce phénomène se résume davantage à une vente de fermeture; On ne s’en sert plus, tout est en solde! Alors, moins un muscle est sollicité, plus le corps va récupérer les éléments qui s’y trouvent et les recycler là où ils seront plus utiles. Malheureusement, en l’absence de mouvements, notre corps décrète que nos muscles sont devenus superflus. Il cessera de fabriquer des éléments dédiés aux cellules musculaires, contribuant ainsi à leur affaiblissement. Il faudra donc faire plus d’efforts pour des tâches simples, ce qui nous fatiguera plus vite et rendra les mouvements suivants encore plus contraignants. Un vrai cercle vicieux…

La deuxième variante, la polyneuropathie, est plus sournoise. Il s’agit d’un mal du système nerveux. Les muscles restent fonctionnels, mais les mouvements volontaires sont plus difficiles à effectuer. Même les sensations sont faussées, et il n’est plus possible de ressentir les contacts, la douleur ou de différencier le chaud du froid. Comment l’absence de mouvements peut-elle endommager les nerfs? En général, un animal doit bouger s’il veut survivre. Il est donc normal d’assumer que plusieurs systèmes du corps s’appuient sur le mouvement pour faciliter leur fonctionnement. Parmi les plus importants se trouve le système sanguin. Bouger aide à la circulation du sang, tandis que l’absence de mouvement contribue à la ralentir, tout particulièrement dans les membres. Certains tissus seront alors moins alimentés en éléments nutritifs tandis que les déchets cellulaires auront tendance à s’accumuler. Si on ajoute à cela des œdèmes et de l’inflammation, on obtient un cocktail très dommageable pour les nerfs, dont les cellules, une fois mortes, ne peuvent jamais être remplacées. Finalement, la troisième variante se nomme polyneuromyopathie et est, comme son nom l’indique, une combinaison des deux maux précédents. Donc une situation encore plus difficile à traiter!

Si personne ne le demande…
Dès que l’un de ces problèmes liés à l’immobilisation s’est installé, il peut être très difficile de s’en remettre. Même après 6 à 12 mois de traitements, seuls 65% des patients ont récupéré leur capacité de mouvements pré-hospitalisation. Pour un nombre grandissant de physiothérapeutes qui se spécialisent en soins intensifs, la solution pour éviter ces séquelles, et accélérer la guérison, est la mobilisation précoce. Le concept est simple : pour éviter les problèmes liés à l’absence de mouvement, il faut faire bouger le patient le plus tôt possible après son intervention. Des études ont démontré que les bénéfices de cette remobilisation rapide permettent d’éviter ces détériorations ou d’éviter leurs symptômes les plus graves. Cela conduit à une sortie des soins intensifs plusieurs jours, voire semaines avant des patients restés immobiles. Les exercices requis sont simples et peuvent commencer alors même que le patient est toujours intubé! Qu’il s’agisse de déplacer ses membres, de s’entraîner à marcher seul ou d’effectuer des exercices de dextérité, toutes ces techniques pourraient raccourcir la durée d’hospitalisation de bon nombre de patients. Et qui dit séjour aux soins intensifs plus court dit moins de temps d’attente pour les autres patients et moins de coûts pour le système de santé.

Malheureusement, le travail des physiothérapeutes en milieu hospitalier n’est pas facile. Que ce soit par manque de ressources ou de personnel, ces services sont parfois difficilement rendus et beaucoup de patients n’y ont pas autant accès qu’ils le devraient. Si dans l’actualité on parle de santé humaine, le sujet tourne généralement autour d’un seul problème : le manque de médecins. Pour la plupart des gens et pour les gouvernements, avoir (ou promettre) un plus grand nombre de médecins est la panacée et le remède à tous les problèmes de débordements hospitaliers. Mais ce raccourci, imbriqué dans notre culture populaire, met de côté d’autres professionnels de la santé tout aussi importants! Avec l’explosion des salaires de médecins au cours des dernières années, les directions d’hôpitaux ont dû restreindre les autres postes et en demander plus à leurs employés déjà surchargés. Et c’est principalement parce que les polyneuromyopathies sont méconnues que l’on trouve peu d’intérêt à valoriser les professions qui peuvent les traiter. Si personne ne les demande, alors on peut bien les couper non?

 

Renaud Manuguerra

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