La fin des antibiotiques?

Vous vous retrouvez à l’hôpital pour une infection qui dure depuis des jours. Après une attente interminable, tout ce qu’on vous donne est la prescription classique de « prendre du repos et boire beaucoup d’eau »… Cela arrive souvent avec un médecin pressé dans une salle d’urgence débordée. Mais dans un futur pas si éloigné, ça pourrait aussi être parce que l’on n’aura plus aucun moyen de combattre ces bactéries! La fin des antibiotiques! C’est ce que craint l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans son rapport sur la résistance bactérienne publié en avril. On y évoque un avenir où aucune pilule ne viendrait à bout d’une banale infection. Mais comment en est-on arrivé là? La résistance provient de ce qu’on peut considérer comme une sélection naturelle accélérée. Comme pour l’évolution d’animaux et de plantes, les bactéries qui possèdent les qualités favorisant leur survie vont prendre la place de bactéries moins adaptées. Et, comme les humains, les bactéries peuvent se ressembler mais sont toutes uniques. Exposées à une certaine dose d’antibiotique, certaines vont avoir la capacité de résister et remplacer celles qui sont mortes. On pourrait augmenter la dose d’antibiotique, mais dans certains cas, ce n’est plus une question de quantité. La bactérie a trouvé un moyen de neutraliser le médicament, qui devient alors complètement inefficace. Mais ces «sélections » ne sont pas si fréquentes, alors pourquoi l’OMS parle d’une crise imminente?

Trop, c’est comme pas assez…

Les principales raisons pointent dans deux directions en apparence contradictoires : la résistance provient soit d’une insuffisance d’antibiotiques, soit d’un excès. Il s’agit en fait du même mécanisme, mais dans deux contextes complètements différents. Pour les excès d’antibiotiques, plusieurs intervenants sont à blâmer. L’un des plus importants est l’industrie alimentaire. Pour favoriser une plus grande production d’animaux d’élevage et minimiser les maladies, des antibiotiques sont systématiquement ajoutés à la nourriture des bêtes. Mieux vaut prévenir que guérir? Peut-être, mais dans ce cas-ci, les quantités et les fréquences employées peuvent favoriser la survie de certaines bactéries qui sont alors exposées quotidiennement à une dose trop faible pour les tuer. Et, comme elles apprennent de leurs échecs, elles peuvent survivre de mieux en mieux à chaque repas qui passe. Elles peuvent alors se retrouver dans la viande qu’on consomme et infecter un humain… si elles survivent à la cuisson. Une autre raison est la prescription inutile d’antibiotiques par les médecins. Ce n’est pas parce qu’on a de la fièvre, le nez bouché et les ganglions enflés qu’un antibiotique peut nous aider, bien au contraire! La plupart du temps, une personne peut être victime d’une infection virale. Dans ces cas, les antibiotiques sont complètement inutiles, car on a affaire à une forme de vie complètement différente. C’est comme si on utilisait un produit contre les mauvaises herbes pour se débarrasser de souris dans un sous-sol! Il est long et coûteux de tester chaque patient pour voir si l’infection est virale ou bactérienne. La solution rapide pour un patient qui réclame un médicament, après une journée d’attente en clinique, est souvent une prescription d’antibiotique. Cela répète l’exposition inutile de bactéries à des substances mal adaptées et favorise la montée des résistances! Le même problème peut survenir dans la situation inverse. Que ce soit parce qu’on arrête quand on se sent mieux ou qu’on se trouve dans un pays n’ayant accès qu’à des quantités limitées, une dose trop faible d’antibiotique peut permettre à un bon nombre de bactéries de survivre et d’être en mesure de résister à une prochaine attaque.

De nouvelles armes? Seulement si ça paie…

Que faire pour éviter les problèmes de résistance? En dehors d’une bonne utilisation des antibiotiques courants il y a quelques autres options. La première est… de créer de nouveaux antibiotiques! Ajouter un nouveau produit et en utiliser plusieurs différents à la fois peut aider, mais malheureusement il est de plus en plus difficile d’en développer, non seulement parce que la recherche est longue, mais aussi parce que les compagnies pharmaceutiques sont peu intéressées. Pour citer un article de l’OMS, « Il y a peu d’argent à gagner en produisant des antibiotiques utiles en quelques jours comparativement à des médicaments pour traiter la haute pression qui seront pris a vie». De plus, rien n’empêche le nouveau remède de provoquer de nouvelles résistances s’il est mal utilisé. Alors que faire? De nouvelles thérapies sont mises en place par des équipes de chercheurs pour faire face à cette ère post-antibiotiques. Parmi celles-ci, des thérapies phagiques (utilisant des virus ciblant naturellement des bactéries) ou des thérapies cellulaires qui éduquent notre système immunitaire pour faire face aux bactéries plus efficacement. Il s’agirait d’une voie très efficace si maîtrisée, car contrairement aux antibiotiques, qui ne changent plus une fois synthétisés, les phages ou les cellules immunitaires sont capables d’évoluer avec la bactérie et de trouver de nouvelles méthodes pour la combattre chaque fois qu’elle s’échappe. À la place de bloquer les envahisseurs avec un champ de mines, qui se contourne ou se désamorce, on engage une autre armée! Il ne s’agit pour l’instant que d’études pré-cliniques, mais c’est tout de même une lueur d’espoir!

 

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1 Response

  1. En France il y a des campagnes publiques contre la surutilisation des antibiotiques “les antibiotiques, c’est pas automatique”. en revanche l’utilisation des antibiotiques dans l’élevage est peu connue et contrôlée !
    Emmanuel

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