Une hiérarchie en recherche ?

Dans le monde de l’entreprise, il y a une hierarchie souvent bien étoffée avec plusieurs étages. Le statut et le salaire de chacun des employés permet de savoir comment se placer vis-à-vis des autres.

Dans le monde de la recherche, la hiérarchie est très limitée. Il y a les financeurs et les financés. Les professeurs, les chercheurs proposent des résultats diffusés internationalement et il n’est pas possible de classer un chercheur par rapport à un autre en fontion d’un statut ou d’un salaire.

Le monde académique a développé un autre moyen de juger les chercheurs les uns par rapport aux autres. Ce moyen est utile pour juger de la crédibilité d’une recherche mais aussi pour que les financeurs potentiels puissent évaluer une sorte de “rang mondial” du chercheur et son rayonnement.

Comment évalue t-on un chercheur ?

Il existe plusieurs façons d’évaluer un chercheur :

  • On peut compter le nombre d’articles qu’il a écrit,
  • on peut aussi compter le nombre d’articles où le chercheur est en premier auteur.
  • on peut combiner le nombre d’articles, le facteur d’impact (définition plus loin) et la position de l’auteur dans la liste des auteurs… pour en faire un facteur propre.
  • une toute nouvelle méthode vient de sortir mais n’est pas encore réellement testée et qui se base aussi sur l’effort du chercheur à diffuser son travail dans d’autres langues et à le vulgariser (j’attends de voir ça avec impatience)

Une autre méthode a été apportée en 2005 par un physicien américain nommé J.E. Hirsch, qui a proposé un indice appelé le facteur h qui permet d’évaluer un chercheur sur le critère des citations (1).

En l’espace de 5 ans, cet indice a été adopté par les chercheurs, essentiellement en Amérique du nord (2).

1-Ce qu’il faut savoir pour comprendre ce qu’est le facteur h

Les articles :

Quand un chercheur a accompli un travail original, il se doit pour lui-même et pour ses pairs de le publier. Il peut soumettre le papier présentant ses résultats dans une conférence traitant du thème qu’il étudie ou bien dans une revue spécialisée. Les articles de revue sont plus côtés que les articles de conférence et toutes les revues sont classées de la plus prestigieuse à la moins prestigieuse, c’est ce qu’on appelle le facteur d’impact de la revue. Mais il faut faire attention car selon les domaines, les facteurs d’impact peuvent être très élevés comparativement à d’autres domaines. On ne place donc pas tout le monde sur la même échelle de valeur. Le principal contributeur de l’article est l’auteur qui apparaît en premier dans la liste, les autres contributeurs se trouvent à la suite (les normes peuvent changer entre les pays).

Les citations :

Lorsqu’un chercheur écrit un papier, il ne peut rien avancer sans donner les références d’où il tire ses informations. Ainsi, il cite des papiers antécédents aux siens. Une fois que son propre papier sera publié (cela peut prendre un temps considérable), il sera lui-même cité par de futurs autres papiers créant ainsi une dynamique et un apport à la recherche. Bien entendu, plus l’article est de qualité, plus ses pairs le citeront.

2- Fonctionnement du h-index

Le H index

Avant la mise en place de ce facteur, la devise était “publish or perish”. Le H-index change la façon de voir les choses et l’objectif de tout chercheur devient alors “publish, be cited or perish”. Le principe de ce facteur se base non seulement sur le nombre d’articles écrits mais essentiellement sur le nombre de fois que les articles sont cités par les pairs. Les citations font office de reconnaissance officielle de la part des pairs. Chaque chercheur a un h index qui lui est propre et qui prend en compte l’ensemble de sa carrière. Il se définit de la manière suivante : Un chercheur possède un index h quand h de ses articles ont été cités h fois.

Prenons des exemples : Soit un chercheur ayant publié 10 articles. 2 de ses articles ont été cité au moins deux fois chacun alors que les 8 autres ont été cité moins de 2 fois. Son h-index sera de 2. Si cette fois ce chercheur a vu 9 de ses articles cités au moins 9 fois chacun, son h-index sera de 9..

Ce n’est pas seulement le nombre d’articles total qui a de l’influence sur le h-index mais bien le nombre de citations.Ce type d’évaluateur d’efficacité implique qu’en plus de publier beaucoup, il faut publier quelque chose qui soit reconnu par les pairs.

3- Le H index relatif à son domaine et le revers de la médaille :

Bien évidemment, “tout est relatif” ! Un domaine qui ne compte que peu de chercheurs ne donne pas une très grande dynamique d’articles et les h-index auront du mal à décoller. A l’opposé, en robotique ou en médecine par exemple, la probabilité d’être cité par ses pairs est très importante puisque les pairs en question sont particulièrement nombreux. Ainsi, il faut compter sur la capacité des employeurs ou des organismes à faire la part des choses dans les différents domaines pour ne pas attendre des h-index élevés dans des domaines de recherche peu exploités.

4- Connaître son h-index:

Il existe plusieurs moyens de connaître son h-index et ceux de ses pairs et en voici une sélection :

  • Utiliser sa tête en regardant ses publications et ses citations
  • Utiliser le site QuadSearch
  • Utiliser un petit logiciel Harzing

Les deux dernières méthodes utilisent toutes deux la base de données de google scholar. J’ai personnellement une préférence pour la seconde méthode qui fait, selon mes tests, mieux le tri entre les homonymes.

Construire un h-index prend du temps. Essentiellement parce qu’entre le moment où vous écrivez votre article et le moment où il commence à être cité, ce sont des années qui se passent (des mois si vous êtes très chanceux). Et puis, il faut écrire des articles de qualité qui intéressent pour créer une dynamique de citation.

De mon point de vue, le problème de ce type de facteur est que la définition d’un bon chercheur se résume donc à celui qui publie le plus en étant cité le plus. Cette perversion amène donc les chercheurs à ne choisir que les sujets les plus tendance (les plus sujets à être cités donc), à supprimer les occupations qui ne produisent pas d’augmentation de ce facteur (enseignement, faire des expériences…), ou encore, à étaler ses résultats dans de multiples papiers plutôt que de faire un seul très bon papier…Des astuces pour devenir “un bon chercheur” au sens du h index sont donnés dans l’article de contretemps (en français) qui est très bien documenté et bien construit mais n’encourage pas une bonne dynamique de recherche.

Références :

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